Livre difficile à traduire ? Sept signes à vérifier avant de commencer
Un livre difficile à traduire est un livre où la forme compte autant que le sens : rimes, jeux de mots, argot qui caractérise un personnage, ou texte qui doit tenir dans un espace précis de la page. Un tel livre se traduit, et on en traduit tout le temps. Mais il demandera plus de temps, plus de décisions et plus d'implication de votre part. Voici sept signes à vérifier avant de commencer.
Pourquoi certains livres sont plus difficiles à traduire
L'essentiel du texte d'un livre passe d'une langue à l'autre sans drame. « Elle a ouvert la porte et elle est sortie sous la pluie » sonne bien dans n'importe quelle langue.
La difficulté commence quand les mots eux-mêmes font partie de l'expérience. Une rime ne fonctionne que grâce au son. Un jeu de mots ne fonctionne que grâce aux deux sens d'un même mot. Dès qu'on change de langue, le son et le double sens disparaissent, et le traducteur doit construire quelque chose de neuf.
Sept signes que votre livre sera difficile à traduire
1. Rimes et mètre. Un livre pour enfants en rimes, des poèmes au milieu d'un roman, ou une prose écrite sur un rythme précis. On ne peut presque jamais garder à la fois les mots et la rime. Il faut choisir.
2. Jeux de mots. Une blague qui repose sur un mot à double sens, ou sur deux mots qui se ressemblent à l'oreille. Dans une autre langue, elle ne marchera pas, et il faudra inventer une autre blague au même endroit.
3. Noms qui ont un sens. Un personnage qui s'appelle Tal (« rosée » en hébreu) parce qu'elle est douce et calme, ou un chien qui s'appelle Choko (« lait chocolaté ») parce qu'il est marron. Le lecteur d'une autre langue n'entendra pas le sens. Nous avons parlé des noms en traduction dans pourquoi le nom de l'héroïne change en plein livre traduit.
4. Argot, accent et langue malmenée. Un personnage qui parle l'argot d'un quartier précis, une grand-mère avec un accent, ou un enfant qui parle avec des fautes. Tout cela doit être reconstruit dans la nouvelle langue, sans faire du personnage une caricature.
5. Citations de sources connues. Des versets de la Bible, des vers de chansons, des prières, ou une citation d'un autre livre. Certaines ont déjà une traduction reconnue dans la langue cible, d'autres ont des ayants droit. Dans les deux cas, il faut vérifier.
6. Plusieurs langues dans le livre. Un livre en hébreu qui contient des phrases en yiddish, en arabe ou en russe. Dans l'original, la seconde langue dit quelque chose du personnage. En traduction, il faut décider : la garder, la traduire, ou la signaler autrement.
7. Du texte qui doit tenir dans un espace. Un album illustré où le texte est posé dans l'image, une bande dessinée, ou un livre à la mise en page millimétrée. Si la traduction est plus longue, et depuis l'hébreu elle l'est généralement, elle ne rentre tout simplement pas.
Que faire d'un livre difficile à traduire
On ne renonce pas. On planifie.
Testez d'abord sur un petit passage. Choisissez la page la plus difficile du livre, celle avec la rime ou la blague, et ne traduisez qu'elle. Vous saurez très vite si l'approche fonctionne. Nous en avons parlé dans traduire d'abord un chapitre d'exemple.
Repérez à l'avance les passages difficiles. Une liste de tous les jeux de mots, des noms qui ont un sens et des citations évitera au traducteur de deviner, et à vous les surprises.
Décidez de ce qui compte le plus. Dans un livre en rimes, qu'est-ce qui compte le plus : l'histoire exacte ou la rime ? Dans une blague, le mot d'origine ou le rire ? Il n'y a pas de bonne réponse, mais il faut une réponse, et elle doit venir de vous.
Prévoyez d'être disponible. Le traducteur d'un livre difficile posera des questions. Un auteur qui répond vite obtient une meilleure traduction, et plus rapidement.
Acceptez que ça prenne plus de temps. Une seule page en rimes peut demander plus de temps qu'un chapitre entier de prose ordinaire. Ce n'est pas le signe que quelque chose cloche.
Difficile à traduire ne veut pas dire pas la peine d'être traduit
Au contraire. Les livres difficiles à traduire sont souvent ceux qui ont le plus de caractère, et ce caractère est ce dont les lecteurs se souviendront. La question n'est pas de savoir s'il faut traduire, mais comment choisir la bonne voie pour votre livre.
Si votre livre est en rimes, plein d'humour ou construit autour d'une mise en page, envisagez une formule où un humain relit la traduction, et pas seulement une machine. Nous avons expliqué les différences entre les méthodes dans un petit lexique des méthodes de traduction. Les autres questions sont réunies dans nos questions fréquentes.
Questions fréquemment posées
Comment savoir si un livre est difficile à traduire ?
Cherchez les endroits où la forme compte autant que le sens : rimes, jeux de mots, noms qui ont un sens, argot qui caractérise un personnage, citations de sources connues, et texte qui doit tenir dans un espace précis de la page. Plus il y en a, plus la traduction demandera de travail.
Un livre difficile à traduire, est-ce un livre impossible à traduire ?
Non. Cela veut dire que la traduction demandera plus de temps, plus de décisions, et en général plus d'implication de votre part. Les livres en rimes, les livres d'humour et les livres pleins d'argot se traduisent tout le temps. Ils ne se traduisent simplement pas mot à mot.
Que faire d'un livre pour enfants en rimes ?
Accepter d'avance que les rimes seront réécrites dans la nouvelle langue, et non traduites. Le traducteur garde l'histoire, le rythme et l'esprit, et renonce aux mots exacts. Mieux vaut tester sur une page ou deux avant de traduire tout le livre.
Que faire des citations de chansons ou d'autres livres ?
Pour les citations de sources connues, comme la Bible, il existe parfois déjà une traduction reconnue dans la langue cible, et mieux vaut l'utiliser. Pour les citations de chansons et de livres plus récents, vérifiez qui détient les droits, à la fois de l'original et de sa traduction.