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Fêtes, cuisine, blagues : les références culturelles en traduction

Lecture minimale 5

Quand un livre passe dans une autre langue, il contient des choses que le nouveau lecteur ne connaîtra tout simplement pas : une fête, un plat, une blague ou une institution locale. Il y a deux façons de traiter les références culturelles en traduction : les garder et laisser le lecteur comprendre par le contexte, ou les remplacer par quelque chose qu'il connaît. Il n'y a pas une seule bonne façon. Il y a celle qui convient à votre livre, et mieux vaut la choisir avant le début de la traduction, pas au milieu.

Ce qu'on appelle les références culturelles en traduction

Tout ce qu'un lecteur israélien comprend sans réfléchir, et qu'un lecteur de Lyon ou de Montréal ne comprend pas. Quelques exemples tirés d'un livre hébreu typique :

  • Fêtes et coutumes. Le repas du vendredi soir, les sufganiyot (beignets fourrés) de Hanoukka, les feux de camp de Lag Baomer.
  • Institutions. Les miluim (le service de réserve dans l'armée), le kibboutz, la bagrout (l'équivalent du bac), le vaad bayit (le comité de l'immeuble).
  • Cuisine. La chakchouka, les bourekas, l'artik (le bâtonnet glacé) à la plage.
  • Expressions. « Al ha-panim » (nul, littéralement « sur la figure »), « sababa » (super), « yalla » (allez), « chaval al ha-zman » (génial, littéralement « dommage pour le temps »).
  • Blagues qui reposent sur un mot. Jeux de mots, noms qui ont un sens, rimes.
  • Contexte partagé. Une chanson que tout le monde connaît, une vieille pub, une émission pour enfants.

Certaines de ces choses, le lecteur les devinera grâce au contexte. D'autres le laisseront perplexe. Et certaines, comme une blague sur un mot, ne marcheront tout simplement pas si on les traduit mot à mot.

Première voie : garder

Le traducteur garde l'original et laisse le lecteur comprendre par le contexte. L'héroïne mange une sufganiya à Hanoukka, et le lecteur français ne sait peut-être pas ce que c'est, mais il comprend que c'est une pâtisserie de fête et que c'est sucré.

L'avantage : le livre reste chez lui. Le lecteur sent qu'il lit un livre venu d'Israël, et ça fait partie du charme. La plupart des lecteurs de littérature traduite la choisissent justement pour ça.

Si besoin, on ajoute une petite explication dans la phrase elle-même. Au lieu de « il est parti en miluim », on peut écrire quelque chose comme « il est parti faire sa période annuelle de réserve ». Quelques mots, pas de note de bas de page, et le lecteur continue.

Deuxième voie : adapter

Le traducteur remplace la référence par quelque chose que le nouveau lecteur connaît. Une blague sur un mot hébreu est remplacée par une autre blague qui fonctionne dans la nouvelle langue. Les unités de mesure sont converties. Une comptine connue est remplacée par une comptine connue là-bas.

L'avantage : le lecteur ressent ce que le lecteur d'origine a ressenti. Il rit au même endroit, s'émeut au même endroit, et ne bute sur rien.

L'inconvénient : si on en fait trop, le livre perd son ancrage. Une héroïne de Tel-Aviv qui se met soudain à manger une bûche de Noël sonne faux.

Comment choisir : selon le type de livre

Type de livre En général Pourquoi
Mémoires, roman historique On garde Le lieu et l'époque font partie de l'histoire
Roman contemporain On garde, avec de petites adaptations Le lecteur veut sentir Israël, pas l'étudier
Livre pour enfants On adapte parfois Un enfant ne s'arrêtera pas pour comprendre une notion étrangère
Humour et satire On adapte le plus souvent Une blague qu'il faut expliquer n'est plus drôle
Livre pratique ou essai On adapte Unités, institutions et exemples doivent parler au lecteur

Ce tableau est un point de départ, pas une loi. Même dans des mémoires, il y aura une blague à adapter, et même dans un livre pour enfants, un plat qui mérite d'être gardé. Nous avons parlé plus en détail des différences entre types de livres dans à chaque livre sa façon d'être traduit.

Et les notes de bas de page, ou un glossaire en fin de livre ?

Les notes de bas de page cassent la lecture. Dans un roman, un lecteur qui doit descendre en bas de la page toutes les trois lignes finira par arrêter. La plupart du temps, une courte explication dans la phrase, ou simplement la confiance dans le lecteur, marchent mieux.

Un petit glossaire en fin de livre peut fonctionner dans un livre où beaucoup de mots reviennent, comme des mémoires qui emploient sans cesse des termes de l'armée ou du kibboutz. Qui veut y jette un œil. Qui ne veut pas continue sa lecture.

Que faire avant le début de la traduction

Trois choses à régler à l'avance :

  1. Décidez de la direction générale. Le livre doit-il sonner israélien, ou sembler familier au lecteur ? Une phrase suffit.
  2. Repérez les passages difficiles. Jeux de mots, noms qui ont un sens, chansons et notions qui reviennent tout au long du livre. Une courte liste évitera au traducteur de deviner.
  3. Laissez les petites décisions au traducteur. Une fois la direction claire, un bon traducteur sait quand garder et quand adapter.

Si vous ne savez pas trop comment transmettre cette direction au traducteur, nous en avons parlé dans comment dire au traducteur comment le livre doit sonner. Et si vous voulez voir ces décisions en action avant de vous engager, un chapitre d'exemple vous montrera très vite si la direction est la bonne.

Questions fréquemment posées

Qu'est-ce qu'une référence culturelle en traduction ?

Tout ce qu'un lecteur de votre culture comprend tout de suite, et qu'un lecteur d'ailleurs ne comprend pas : une fête, un plat, une émission de télévision, une institution comme le kibboutz ou le service de réserve, une expression, ou une blague qui repose sur un mot. C'est là que le traducteur doit décider quoi faire.

Vaut-il mieux garder les références d'origine ou les remplacer ?

Ça dépend du livre. Dans des mémoires, un roman historique et tout livre où le lieu fait partie de l'histoire, on garde en général, en expliquant avec légèreté. Dans un livre pratique, un livre pour enfants ou un texte humoristique, il vaut parfois mieux adapter au nouveau lecteur.

Faut-il ajouter une note de bas de page pour chaque notion inconnue ?

La plupart du temps, non. Dans un roman, les notes de bas de page interrompent la lecture. Mieux vaut une courte explication glissée dans la phrase elle-même, ou laisser le contexte faire le travail. Le plus souvent, le lecteur comprend assez sans tout comprendre.

Qui décide, moi ou le traducteur ?

La décision de principe vous revient, parce que c'est votre livre. Donnez une direction au traducteur avant qu'il commence : le livre doit-il sonner israélien, ou sembler familier au lecteur ? Les petites décisions, mot après mot, mieux vaut les lui laisser.