Les lecteurs voient-ils qu'un livre a été traduit par une machine ?
Tout auteur qui envisage une traduction se pose la même question : si j'utilise un ordinateur pour traduire mon livre, les lecteurs le sentiront-ils ? Quelqu'un a mené le test sérieusement, et la réponse est qu'ils ne le voient pratiquement pas — tout en préférant malgré tout la version humaine, sans savoir dire pourquoi.
À quoi ressemblait le test
Des chercheurs ont pris 15 romans traduits en anglais par des traducteurs professionnels et ont fabriqué de chacun une seconde version, traduite par ordinateur. Puis ils ont donné à de vrais lecteurs — des gens qui lisent pour le plaisir, pas des spécialistes — des extraits de chaque livre, en leur demandant deux choses : deviner quel extrait avait été traduit par machine, et dire lequel ils préféraient.
Premier résultat : ils n'ont pas vu
Leurs réponses valaient à peu près un tirage à pile ou face. Un extrait traduit par ordinateur leur semblait être un livre comme un autre. Cela dit quelque chose d'important sur l'époque : le temps où la traduction automatique sonnait lourde et bizarre est passé. Si vous imaginez encore une traduction qui se lit comme la notice d'un lave-linge, la réalité a bougé.
Deuxième résultat : ils ont quand même préféré l'humain
C'est là que cela devient intéressant. Ces mêmes lecteurs, incapables d'identifier la version machine, ont le plus souvent choisi la version humaine quand on leur a demandé laquelle leur plaisait davantage. Et plus ils lisaient lentement, au plus près du texte, plus cette préférence se dessinait nettement.
En clair : la différence est réelle, mais discrète. Ce n'est pas une phrase fausse qui saute aux yeux. C'est une impression cumulative que quelque chose est un peu moins vivant.
Ce que cela signifie pour votre livre
Deux conclusions pratiques.
D'abord, ne consacrez pas votre relecture à la question « est-ce qu'on sent la machine ». Des lecteurs expérimentés n'ont pas su y répondre, vous non plus — surtout dans une langue que vous ne lisez pas. C'est une vérification qui ne rapporte aucune information.
Ensuite, vérifiez plutôt d'autres choses, qui se trouvent justement facilement. Un personnage porte-t-il le même nom au chapitre un et au chapitre dix. Parle-t-il du même style tout au long. Un terme récurrent a-t-il été traduit pareil à chaque fois. C'est exactement ce que les lecteurs ressentent comme « quelque chose cloche », et c'est aussi la seule chose vérifiable sans lire la langue.
La limite à connaître
Les lecteurs ont reçu les premiers chapitres de ces livres, pas des livres entiers. Les chercheurs le disent eux-mêmes. Et cela vous concerne, car un premier chapitre ne contient pas encore les problèmes qui s'accumulent sur la longueur : un nom qui change en cours de route, un style qui dérive. Plus le livre est long, plus ces choses ont de place pour s'installer.
Une comparaison plus complète des options se trouve dans un traducteur humain face à l'IA, et les vérifications concrètes dans vérifier une traduction dans une langue que vous ne lisez pas.
Pour qui veut le test lui-même : l'étude complète.
Questions fréquemment posées
Les lecteurs repèrent-ils la traduction automatique ?
En général non. Dans une étude où des lecteurs expérimentés recevaient des extraits et devaient deviner comment chacun avait été traduit, ils tombaient juste environ une fois sur deux, comme à pile ou face.
Il n'y a donc aucune différence entre traduction humaine et automatique ?
Il y en a une, mais elle ne saute pas aux yeux. Ces mêmes lecteurs, en lisant lentement et passage par passage, ont choisi la version humaine la plupart du temps. La différence existe, elle n'est simplement pas perceptible à vitesse de lecture.
Qu'est-ce que cela change pour moi, en tant qu'auteur ?
Que « va-t-on remarquer que c'est une machine » est sans doute la mauvaise question. La bonne est de savoir si le livre est cohérent : les personnages sonnent-ils pareil du début à la fin, les noms sont-ils écrits de la même façon.
Comment vérifier ma traduction, alors ?
Pas en survolant le premier chapitre. Prenez trois passages, au début, au milieu et à la fin, et faites-les lire lentement par quelqu'un qui parle la langue.